
Deuxième livre reçu dans le cadre des Explorateurs de la Rentrée Littéraire 2020 Lecteurs.com. Je dois dire que bien que connaissant François Bégaudeau, je n’avais jamais eu l’occasion de me lancer dans un de ses précédents romans.
Les Legendre, famille bourgeoise parisienne, vont passer leurs vacances à Royan au bord de la mer. Celles-ci sont marquées par les séances de running du père, de yoga de la mère, les ateliers papillon visant à développer estime et confiance en soi du fils, et les efforts pour exister de la fille. Mais en coulisse, un évènement vient fissurer l’harmonie familiale, la relation extra-conjugale du père, et narrateur du roman, qui va rejaillir sur tous les membres de la famille.
« Un enlèvement » est un livre passablement déroutant qu’il faut prendre le temps d’apprivoiser. L’écriture de François Bégaudeau est sèche, brute et nerveuse. Cette succession de phrases sans respiration ou presque m’a saisi de la première à la dernière page et demande un effort pour s’y accoutumer. Mais elle semble en totale adéquation avec la personnalité du narrateur, particulièrement quand celui-ci perd un contrôle qui constitue pourtant l’alpha et l’oméga de son existence. Sur le fond, l’intrigue peine un peu au départ à emmener le lecteur avec elle, avec cet instantané d’une cellule familiale qui cherche la perfection et qui va sembler se déliter tout au long du roman. Mais malgré cette première impression, les différents membres de la famille Legendre, en vraies caricatures de la famille bourgeoise un brin bobo en vacances, ont rapidement réussi à attiser ma curiosité et me prendre au jeu. Le père, que l’auteur parvient à rendre parfaitement antipathique en quelques lignes seulement, oppressant par son contrôle et sa recherche perpétuelle de l’excellence chez chacun. La mère en médiatrice gestion de crise qui semble appréhender les évènements du quotidien comme si elle était dans sa vie professionnelle. La fille qui guette l’approbation parentale et va être bien malgré elle l’instrument de la crise qui va se nouer. Et enfin le fils et ses problèmes de lecture supposés qui cherche déjà à fuir ses ateliers papillons et par là même l’oppression et les exigences paternelles en creusant sans relâche son trou dans la plage. Tous les quatre concourent à leur manière à faire dérailler le train familial à mesure que l’étau se resserre autour du narrateur et de sa relation extra-conjugale.
Un livre original par sa forme qui invite le lecteur à réfléchir sur la famille, la transmission et la place que l’on peut laisser à ses enfants pour se construire.
Vous avez aimé ? Parmi les livres écrits par François Bégaudeau, je vous invite à compléter votre lecture par « Histoire de ta bêtise », un essai présenté comme une analyse de la classe bourgeoise qui se veut progressiste.
« Un enlèvement », François Bégaudeau , Verticales, 182 pages.
