
Malgré la crise, le programme de cette rentrée littéraire d’hiver est on ne peut plus copieux. Alors même s’il est difficile de faire le tri parmi tant de livres annoncés en même temps, plusieurs ont éveillé ma curiosité, notamment « Nos secrets trop bien gardés » qui, se situant à la fois dans l’univers de la littérature et dans celui de l’espionnage, s’annonçait particulièrement prometteur.
Le livre nous emmène en pleine guerre froide, entre Washington et l’Union Soviétique. Il retrace l’histoire véridique du livre « Le docteur Jivago » écrit par Boris Pasternak, le plus grand auteur soviétique de l’époque. Côté soviétique, Olga, le grand amour et muse de l’écrivain, est arrêtée et déportée pour faire pression sur lui et annihiler toute velléité de parution du livre. Côté américain, la CIA compte bien introduire le livre en URSS pour l’utiliser contre le pouvoir soviétique. Pour cela, elle aura besoin d’Irina, américaine d’origine russe, et de Sally, en charge de la recruter et de la former. Les trois femmes vont dans l’ombre contribuer à changer le cours de l’histoire.
« Nos secrets trop bien gardés » est un superbe roman polyphonique. L’alternance des points de vue et les différences de style entre les narrateurs (de la première personne du singulier des différentes héroïnes à la première personne du pluriel des dactylos américaines) rend la lecture très dynamique et agréable à suivre. L’intrigue de son côté est vraiment très bien menée et nous montre le rôle prépondérant joué par ces trois femmes, chacune dans leur domaine. Mais il met également en lumière la place très limitée qui est réservée aux femmes dans des univers où tous les postes à responsabilité sont attribués aux hommes. L’autrice s’est basée sur des faits réels et a romancé les aspects inconnus. Mais l’ensemble constitue un tout parfaitement cohérent et rend difficile de savoir où s’arrête la réalité et où commence la fiction. Source de crainte côté du côté soviétique mais d’espoir côté américaine, « Le Docteur Jivago » illustre bien le rôle prépondérant que peut jouer la littérature et les effets qu’elle peut entrainer.
Un vrai coup de cœur !
Vous avez aimé ? La prochaine étape, (re)découvrir « Le Docteur Jivago » !
« Nos secrets trop bien gardés », Lara Prescott, Robert Laffont, 544 pages.
