
Après avoir eu un gros coup de cœur pour le précédent livre de l’auteur, « Le temps des groseilles », j’ai pu lire plusieurs commentaires et avis très positifs sur son précédent roman. N’écoutant que mon courage et ma grande originalité (😊), je me suis donc plongé dedans.
Le livre nous emmène en Estonie au 13ème siècle. Leemet vit dans la forêt et est le dernier homme à connaître la langue des serpents, qui permet de se faire comprendre et obéir des animaux. Autour de lui, la forêt se vide de ses habitants, qui partent les uns après les autres rejoindre les villages, délaissant les croyances traditionnelles pour le culte du catholicisme, la vie en harmonie avec la faune et la flore pour une vie à cultiver la terre au nom de la modernité. Leemet va se retrouver pris entre les deux mondes, dépourvu d’avenir dans la forêt mais incapable de trouver un sens à une vie au village.
« L’homme qui savait la langue des serpents » est pourvu d’une tonalité totalement différente du précédent livre que j’avais pu lire de cet auteur. On suit les aventures de Leemet avec un petit pincement au cœur mélancolique devant ce dernier dépositaire de la langue des serpents, dernier mohican d’un monde qui s’éteint, absorbé par la modernité du village. Mais le roman n’est pas pour autant un hymne à un passé romantisé harmonieux avec la nature. En effet, si le monde moderne se caractérise par la stupidité de ses tenants et leur vision étriquée de la vie dans la forêt, l’univers traditionnel apparaît lui bien sombre avec ses gardiens d’une tradition identitaire prêts à tout pour garder un pouvoir même illusoire. D’ailleurs les mondes restent gouvernés par les mêmes pouvoirs religieux, les anciennes divinités d’un côté et Dieu de l’autre, toutes deux autant vilipendées par l’auteur. Et Leemet tente de trouver sa voie solitaire au milieu de deux mondes, en retard et en décalage avec son temps et les autres.
Un livre passionnant, plein de finesse et d’humour qui nous fait réfléchir sur la notion de modernité et de tradition qui évoluent et sont réévalués au cours du temps.
Vous avez aimé ? N’hésitez pas à découvrir « Les groseilles de novembre », du même auteur, dont je vous ai parlé ici. Vous ne le regretterez pas !
« L’homme qui savait la langue des serpents », Andrus Kivirakh , Éditions du Tripode, 440 pages.
