
Je poursuis ma découverte de la littérature russe avec un livre qui a connu un immense succès à sa sortie en 1928 et jusqu’à la chute de l’URSS. Il a même fait de ses auteurs les plus populaires de l’époque soviétiques. En France, il a également connu le succès avant de tomber d’ans l’oubli. Jusqu’à cette réédition qui le remet enfin sous le feu des projecteurs.
Hippolyte Vorobianinov est un ancien noble employé à l’état civil qui mène une vie très routinière. Jusqu’au jour où sa belle-mère lui confie sur son lit de mort avoir caché ses diamants dans l’une des douze chaises de son ancienne maison, réquisitionnée plusieurs années auparavant, par le pouvoir soviétique. Les chaises ayant été vendues et éparpillées à travers le pays, commence alors une chasse au trésor échevelée pour les retrouver. Dans sa quête, Vorobianinov sera aidé par Ostap Bender, escroc et roi de la débrouille, autoproclamé « Grand Combinateur ».
« Les douze chaises » est un roman dense mais très agréable à parcourir, à la fois drôle et bien construit. L’intrigue se situe entre le roman picaresque et l’enquête policière, mais définitivement dans le domaine parodique. C’est d’ailleurs à se demander comment un tel livre a pu paraître en 1927 en Union soviétique. Mais il est vrai que les pires du totalitarisme stalinien n’étaient pas encore arrivées. Car toute la société en prend pour son grade. Les hommes d’église cupides et pleins de bassesse, l’ancienne noblesse pitoyable, les profiteurs en tout genre, mais surtout le nouveau régime ridicule avec ses cérémonies et discours aussi déconnectés de la réalité que délirants et ses journalistes aux ordres. Un roman au parfum de liberté qui sera d’ailleurs interdit pendant la guerre froide, devenant ainsi un symbole de la résistance au pouvoir et acquérant le statut de monument de la littérature soviétique.
« Les douze chaises », Ilf et Petrov, Ginkgo éditeur, 540 pages
