
Il y a deux ans, j’avais eu l’occasion de découvrir et de vous présenter « L’île déchirée« , d’Aude Lafait, un polar ancré dans la situation compliquée de l’île de Chypre. Celle-ci est divisée en deux depuis une cinquantaine d’années entre République de Chypre et la République turque autoproclamée de Chypre du Nord , séparées par la ligne Verte. « Au café de la ville perdue », qui vient de paraître aux éditions de L’Observatoire, nous propose de nous plonger plus en détail dans l’histoire tourmentée de cette île.
Ariana a grandi à l’ombre du 14, rue Ilios. Sa famille a perdu cette maison pendant l’invasion de Chypre en 1974, lorsque l’armée turque a entouré de barbelés la ville de Varosha. Tandis qu’elle débarrasse les tables du café de son père, elle remarque une jeune femme en train d’écrire. L’étrangère enquête sur cette ville fantôme, mais bute contre les mots : la ville, impénétrable, ne se laisse pas approcher.
Au même moment, Ariana apprend que son père a décidé de vendre la maison familiale, dans laquelle ont vécu Ioannis et Aridné, ses grands-parents. Se défaire de cet héritage, n’est-ce pas un peu renier leur histoire ? Car lui était chypriote grec, elle chypriote turque, et pendant que leur amour grandissait, l’île, déjà, se déchirait.
Ariana propose dès lors un marché à la jeune écrivaine : si elle consigne la mémoire du 14, rue Ilios avant que les bulldozers ne le rasent, elle l’aidera à s’approcher au plus près des secrets du lieu. Page après page, Varosha se laisse enfin déchiffrer et, avec elle, la tragédie d’une île oubliée.
« Au café de la ville perdue » est un livre poignant qui nous immerge au cœur de la situation tragique de Chypre depuis la seconde moitié du vingtième siècle. Au travers du roman, le lecteur peut se rendre compte que la situation est bien plus complexe que l’idée qu’il pourrait en avoir. L’histoire est bien équilibrée entre les deux camps qui ont peut-être être finalement autant subi la situation l’un que l’autre. La construction du livre est très intéressante avec cette trame qui fait alterner les points de vue ainsi que les périodes historiques, des troubles ayant mené à la partition à l’époque contemporaine. Anais Llobet montre bien comment ont pu évoluer les mentalités au cours du temps. Malgré tout, certaines choses ne changent pas et rendent l’évolution des rapports Nord/Sud encore particulièrement complexe. Les différents personnages sont véritablement réussis, parvenant à communiquer au lecteur les diverses émotions qui peuvent les traverser. Il apprend à les connaître, les découvrant et les apprivoisant petit à petit. Les premières impressions évoluent au fil des pages au fur et à mesure que leurs parcours et leurs motivations émergent.
Un roman à découvrir absolument !
« Au café de la ville perdue », Anais Llobet, Éditions de L’Observatoire, 336 pages.
