
Si j’ai pu recevoir récemment un grand nombre des titres parus en ce début d’année, dans le cadre du prix Orange du livre 2022, j’avais repéré auparavant ce roman parmi les sorties annoncées. Le parcours du père et du fils, entremêlant petite et grande histoire, sur fond de mémoire et de blessures familiales, avait tout pour m’intéresser.
1939. Hans, le père de Jonathan Lichtenstein, arrive en Grande-Bretagne grâce au dernier convoi du Kindertransport. Cette opération a permis l’évacuation d’Allemagne de plus de 10 000 enfants, principalement juifs. Comme presque tous les membres de sa famille ont trouvé la mort durant l’Holocauste, Hans va rester en Angleterre, où il tournera le dos à sa culture juive allemande. Toute sa vie, son fils Jonathan peine à comprendre ce père taiseux, au comportement difficile à déchiffrer. À l’aube de ses quatre-vingts ans, Hans accepte d’affronter les démons de son passé et de faire, avec son fils, le voyage en sens inverse jusqu’à Berlin. Une occasion pour eux d’aborder les questions trop longtemps laissées en suspens.
« Revenir à Berlin » permet au lecteur de toucher du doigt le traumatisme qu’a dû représenter ce voyage pour des enfants déracinés et privés des membres de leur famille dont ils ont pour la majorité définitivement perdu la trace. Malgré les épreuves qu’il a lui-même dû endurer, par ricochet, on ressent bien dans ces pages toute l’admiration du fils pour son père. Ce père qui est parvenu à se reconstruire, non sans mal et sans laisser des traces, après la perte de sa famille, de ses amis, de son milieu et de son pays. Un processus qui se caractérise par une soif de vie à tout prix et une recherche d’émotions, en même temps qu’un refus absolu de regarder en arrière et d’évoquer le passé. Une manière de laisser derrière lui un traumatisme qu’il a transmis involontairement à son fils et qui les a consumés tous les deux. Jusqu’à ce voyage vers Berlin qui leur permet enfin, en affrontant les démons du passé, de mettre des mots sur les souffrances vécues.
Un récit entre road trip et souvenirs d’enfance du narrateur qui ne laissera aucun lecteur indifférent tant il parvient à être tout à tour drôle et profondément émouvant. Un très beau texte sur la mémoire et la résilience.
« Revenir à Berlin », Jonathan Lichtenstein, Lattès, 336 pages.
