
J’ai l’habitude de donner de ma personne quand l’inspiration est là pour illustrer un livre. Ici, malheureusement, ça ne sera pas possible ! J’ai bien pensé à d’autres alternatives, mais finalement j’ai fait une photo avec un univers totalement différent à base de chutes de papier de reliure de livres que j’ai récupéré il y a quelques années chez ma grand-tante !
A Hersanghem, quelque-part dans le nord de la France, la braderie d’été bat son plein : monde en miniature où se croisent, s’évitent, s’entrechoquent, les destins des nombreux personnages de ce roman, monde immense qui s’offre à l’attention du lecteur. Mais, depuis quelques heures, différents incidents entravent le déroulement des festivités. Et si cette braderie lui offre le spectacle d’un monde en miniature, c’est pour le lecteur celui d’un monde immense. Tout cela semble préluder au petit cataclysme urbain qui va se déchaîner à vingt heures, place du Beffroi.
Après une première esquisse de « La vie mode d’emploi » de Gorges Perec à l’échelle d’un immeuble d’habitation dans « La tour » de Doan Bui, place ici à un projet encore plus ambitieux à l’échelle d’une ville entière. Isabelle Dangy nous propose de découvrir Hersanghem, cette ville imaginaire du nord de la France « posée comme une grosse tortue au pied des coteaux d’Houlage et de Sacremont ». Elle la décrit morceau par morceau, lieu par lieu, de manière très réaliste, au point que le lecteur ne doute jamais que son beffroi, ses usines ou ses différentes rues existent bel et bien. Au travers de cette évocation par petites touches, c’est la vie de tous ses habitants qui transparait petit à petit. Un joyeux chaos de prime abord, dans lequel le lecteur se sent dans un premier temps un peu déboussolé, avant de trouver un semblant d’organisation et de repères au fur et à mesure du déroulé du livre, au gré des réapparition des personnages qui s’entrecroisent au fil des pages. Une avancée marquée du sceau de l’attente de la survenue d’un évènement qui va rajouter du chaos à une fin de journée déjà très animée. Avec en fil rouge une nudité qui justifie le titre du livre et sa couverture et qui va suivre des détours très variés pour contaminer petit à petit toute la ville. Un joli exercice de style !
« Les nus d’Hersanghem », Isabelle Dangy, Le Passage, 272 pages.
