
13 février 1981. Un soir de permission, un jeune appelé disparaît mystérieusement au bord d’une nationale morne et glacée des Argonnes. Du côté des autorités, personne ne prend cette disparition au sérieux. Ni la police qui refuse de lancer une enquête. Ni l’armée qui le déclare déserteur, un de plus parmi les 6 000 qu’on dénombre chaque année. A mesure que les jours défilent et qu’on commence à craindre le pire, vient s’ajouter à la détresse de cette famille, l’humiliation de se sentir inaudible et désavouée par les institutions. Les laisserait-on tomber si c’était le fils d’un ministre et non d’un ouvrier ?
« Les disparus des Argonnes » es un livre très intéressant à découvrir. Son écriture est très visuelle. Ce qui n’est pas surprenant quand on sait que son autrice est par ailleurs scénariste. On imagine d’ailleurs très bien une adaptation sur grand ou petit écran du livre. Inspiré d’une histoire réelle qui a défrayé la chronique entre 1982 et 2003, le roman est très intelligemment construit. Il met tout d’abord l’accent sur la famille de l’une des victimes ; son incompréhension puis sa détresse et son isolement. Ainsi il permet de mettre en avant de manière glaçante l’indigence des autorités, à la fois militaires et policières, qui ont complètement failli à leur mission et à leurs devoirs. La dernière partie est plus originale puisqu’elle met le lecteur dans la peau de la sœur de l’accusé et renverse totalement le point de vue. Ce qui apparaissait comme une juste de quête de vérité est alors vu comme de l’acharnement judiciaire. Ce qui ne peut à nouveau pas laisser le lecteur indifférent. Un livre très réussi !
« Les disparus des Argonnes », Julie Peyr, Équateurs, 347 pages.
