« Euphorie », Elin Cullhed

Rentrée littéraire, épisode 5

J’ai découvert le destin tragique de Sylvia Plath il y a quelques mois avec « Pourquoi pas la vie » de Coline Pierré, qui imaginait sous la forme d’une uchronie la vie de cette autrice et poétesse américaine du milieu du XXe siècle, si sa tentative de suicide avait échoué. Elin Cullhed prend un parti différent ici en imaginant sa dernière année, accaparée par les tâches du quotidien, la pression familiales et ses propres obsessions. Le bonheur qu’elle était venu chercher à la campagne en famille après une période difficile en hôpital psychiatrique va petit à petit s’éloigner.
Le lecteur assiste impuissant au délitement de la vie de Sylvia, mère isolée de deux très jeunes enfants, abandonnée par son mari, sans ressources autres que celles tirées de ses œuvres littéraires. C’est tragique et en même temps superbement écrit. L’autrice fait preuve d’une capacité de projection dans la tête et l’univers de Sylvia Plath tout simplement saisissante. Le lecteur se retrouve plongé dans ses pensées où se côtoient une profonde vulnérabilité, une obsession du contrôle et une sensibilité exacerbée. Il se sent pris par ses démons et assiste en spectateur aux oscillations de plus en plus fortes entre espoir et désespoir, valse de plus en plus incontrôlée entre la vie et la mort. L’issue a beau être inéluctable, fatalement irrémédiable, à mesure que le destin tragique de Sylvia Plath est connu de tous, le livre n’en demeure pas moins lumineux, évitant toute complaisance dans la face sombre de l’écrivaine.
Un exercice de style magnifique conduit de main de maitre pour un livre véritablement bouleversant.

« Euphorie », Elin Cullhed, L’Observatoire, 368 pages.

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