
Octobre 1886. Louis Pasteur est à l’apogée de sa carrière, grâce notamment au vaccin contre la rage. Mais un matin, le chercheur craque, il ne réussit plus à se lever ; même le traitement du médecin de famille ne parvient pas à le tirer de son apathie. Très inquiète, Marie, sa femme, lui demande de consulter un étrange spécialiste. Le voilà donc chez un psy, qui diagnostique un burn-out. Mais, il faut continuer à travailler sur le vaccin et sur la création de l’Institut alors que les obstacles s’accumulent.
Une nouvelle biographie (romancée) de Pasteur ? Oui et non. Sur le fond, le propos est totalement juste et basé sur les travaux des historiens et une bibliographie imposante. Par contre sur la forme attention ça décoiffe. Le sous-titre ne mentait pas ! Le livre adopte un ton volontairement fantaisiste et comporte son lot d’anachronismes, de transposition des réflexions et des manières de penser contemporaines. Mais au-delà, ce qu’il faut retenir c’est ce Pasteur que nous voyons apparaître au fil des pages avec sa personnalité, son parcours, son rôle évidemment primordial dans les avancées scientifiques bien sûr. Mais également sa face un peu plus cachée : ses tocs et manies, son entourage (loin de l’image du grand savant seul sur son piédestal) avec en particulier le rôle clé de sa femme. Louise Cado adopte une modernité de ton qui fait écho aux thématiques auxquelles Pasteur doit faire face et qui sont toujours d’actualité 150 après : dilemmes éthiques, liens entre science et industrie, rôle du pouvoir politique dans les choix de santé publique, oppositions aux avancées techniques. Rien n’a changé ou presque !
Alors, imaginer Pasteur en burn-out chez un psy, sacrilège ? Non, loin de là. Evidemment, ceux qui seront à la recherche d’une biographie classique du savant resteront sur leur faim. Mais pour tous les autres, dont je fais partie d’ailleurs, qui ne seraient pas allés se plonger dans un tel livre, « J’ai craqué au bureau » fonctionne parfaitement !
« J’ai craqué au bureau. Histoire ébouriffante de Pasteur », Louise Cado, Eyrolles, 332 pages.
