
Sauf grosse surprise ou craquage en librairie, je crois qu’il est temps aujourd’hui de clôturer le chapitre des critiques des livres de cette rentrée littéraire. Celle-ci s’est avérée très riche et variée, en particulier dans le domaine de la littérature étrange, comme l’illustre bien le livre dont je vais vous parler.
Départ pour l’extrême nord de la Norvège au 17ème siècle, et plus précisément l’île de Vardo, aux portes du cercle polaire arctique. A la suite dun’ tempête aussi soudaine que violente, 40 pêcheurs ont péri noyés, laissant les femmes assurer seules leur survie. Quelques années plus tard, le seigneur local, désireux de réaffirmer le pouvoir de l’Eglise et de se débarrasser des cultures traditionnelles locales, envoie son représentant, un homme à la sinistre réputation de chasseur de sorcières, sur place. Alors que les tensions s’exacerbent au sein de la population, tous les ingrédients d’une terrible tragédie sont réunis.
« Les graciées » nous fait suivre le parcours croisé de jeunes femmes, Maren et Ursa, toutes deux écorchées vives. La première a perdu son père, son frère et son fiancé lors de la tempête et semble comme anesthésiée depuis. La seconde a été arrachée à sa vie citadine et s’est retrouvée envoyé dans ces terres glacées avec un mari – le représentant du seigneur – qu’elle n’a pas choisi et qui lui impose son joug autoritaire. Par leur position, elles nous interrogent toutes les deux sur la place des femmes et sur la possibilité d’une émancipation à une époque om elles demeurent encore entièrement soumises au bon vouloir et à l’autorité des hommes. L’intrigue de son côté est intéressante à suivre et prenante. Son déroulé relativement prévisible ne fait que souligner l’implacabilité des évènements que rien ne semble pouvoir faire dériver de leur trajectoire. L’autre grande réussite du roman réside dans son atmosphère. Le caractère âpre et sauvage de l’île, mais aussi de ses habitantes, est particulièrement bien rendu et permet une véritable immersion du lecteur dans leur quotidien difficile.
Un livre très puissant, basé sur des faits réels (qui font quand même vraiment froid dans le dos) qui par l’intermédiaire du portrait de ces deux femmes aussi impuissantes qu’émouvantes face aux évènements à l’œuvre autour d’elles, nous fait réfléchir sur les dynamiques de groupes et les réactions collectives des groupes humains pouvant faire tourner en chasse aux sorcières des éléments relativement anodins.
Vous avez aimé ? N’hésitez pas à à repartir pour la Norvège et ses paysages aussi majestueux que glacés, avec « La trilogie des Neshov » d’Anna B. Ragde.
« Les graciées », Kiran Millwood Hargrave, Robert Laffont, 393 pages.

[…] soumises aux pouvoirs patriarcal et ecclésiastique. Comme dans son précédent roman, « Les graciées », que j’avais déjà chroniqué, elle nous montre une capacité impressionnante à faire […]
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