« 5000 mètres avant l’aube », Dai Sijie

1944. Dans la jungle, à la frontière sino-birmane, l’armée japonaise a construit un camp de prisonniers sur le site d’une ancienne mission jésuite. Le commandant Matsui, qui dirige le camp, y fait régner la terreur – certains bâtiments sont réservés à des expérimentations d’armes biologiques sur des orphelins chinois.

À l’issue d’un combat aérien, un pilote français, Jean Sautet, est fait prisonnier. Son arrivée dans le camp d’internement va plonger Matsui dans la stupeur. En effet, le commandant, ancien coureur de demi-fond de l’équipe nationale, a été battu par Sautet en finale du 5000 mètres, épreuve dont il était pourtant le favori, aux J.O. de Paris en 1924. Il va alors concevoir un projet de revanche aussi spectaculaire que délirant : il fera reconstruire par les détenus le stade olympique parisien à l’identique, en pleine jungle, pour y rejouer la finale perdue.

« 5000 mètres avant l’aube » est un sacré retour dans le temps pour moi puisque j’avais découvert Dai Sijie au lycée avec le très beau « Balzac et la petite tailleuse chinoise ». C’est avec beaucoup de plaisir que je le redécouvre avec ce roman très bien écrit, à la fois d’une grande fluidité et en même temps plein de finesse et de poésie.

L’intrigue est très bien construite, avec des allers-retours dans le temps très éclairant, avec une quasi économie de moyens qui met l’accent sur les deux portraits de Matsui et de Sautet. Surtout, l’auteur parvient à magnifiquement capturer tout l’orgueil et la démesure qui s’empare du commandant Matsui face à celui qui l’a privé de l’or olympique vingt ans auparavant. Jusqu’à cette revanche dont la mise en œuvre a nécessité des travaux titanesques, qui ne sont pas sans rappeler ceux du pont de la rivière Kwai.

Un très beau texte à découvrir !

« 5000 mètres avant l’aube », Dai Sijie, Gallimard, 160 pages.

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