« Eichman à Buenos Aires », Ariel Magnus

Après des escapades au Pérou, en Italie et au Japon en compagnie des éditions de l’Observatoire, me voici cette fois-ci en route pour l’Argentine. Et hasard des calendriers, moi qui avais une connaissance très limitée de la littérature argentine, j’ai eu l’occasion d’en découvrir coup sur coup deux représentants parmi les livres au programme de la rentrée littéraire.

Argentine, 1952. Ricardo Klement attend l’arrivée du bateau transportant sa femme et ses enfants depuis l’Europe. Il ne les a pas vus depuis plusieurs années et la fin de la seconde guerre mondiale. Car Ricardo Klement n’est pas un immigré allemand ordinaire. Ce n’est autre qu’Adolf Eichmann, l’organisateur de la Solution Finale, qui a trouvé refuge en Argentine en compagnie d’un certain nombre d’anciens nazis. Dans ce pays qui a accueilli à la fois bourreaux et victimes, il mène une existence paisible d’éleveur de lapins. Mais peut-on vraiment garder à distance un tel passé ?

Eichmann à Buenos-Aires est un livre très intéressant à parcourir. Le personnage de Ricardo Klement, autour duquel est évidemment centré l’intrigue, y est très finement saisi. Ariel Magnus parvient à éviter le double écueil de le représenter comme un monstre abominable ou bien comme le simple exécutant mécanique des consignes s’étant retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Eichmann apparait comme relativement anonyme et médiocre, mais capable de développer un mélange de cynisme, de mauvaise foi et d’aveuglement pour tenter de justifier ses actions passées. Il apparait comme un homme doté d’une morale à géométrie variable et à ce titre va mettre relativement mal à l’aise le lecteur à certains moments. Il apparait d’ailleurs totalement sidérant qu’un tel personnage ait pu vivre au vu et au su de tous sans être inquiété, indépendamment des régimes politiques qui ont pu se succéder en Argentine. Le livre nous aide ainsi à mieux saisir comment des individus parviennent à se reconstruire en essayant de faire abstraction des évènements dramatiques de leur passé. Une quête malheureusement (ou heureusement, pourrait-on être tentés de penser dans le cas d’Eichmann) vaine.

« Eichman à Buenos Aires », Ariel Magnus, éditions de L’Observatoire, 208 pages

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