
Je n’avais pas particulièrement repéré ce livre parmi les nombreux titres reçus dans le cadre du prix Orange du livre 2022. Du coup il ne figurait pas dans la liste de ceux que j’avais prévu de lire en priorité. Heureusement, Mangeuse de livres passait par là et a pioché dans ma PAL quelques livres. Elle a ensuite insisté pour que je le lise et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a sacrément bien fait.
Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable. Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : » Ne jamais rien montrer, taire ses émotions « . Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, son monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.
« Je suis la maman du bourreau » est un livre brillant, magnifiquement écrit. Voilà qui est dit ! Le portrait de cette mère est tout simplement saisissant. Elle qui apparait au début du livre totalement antipathique, conservatrice rigide et pétrie de certitudes, va voir son monde et ses certitudes voler en éclat. Contrairement à l’idée que le lecteur pourrait se faire, elle va se révéler finalement beaucoup plus ouverte d’esprit et capable de totalement remettre en question son univers mais aussi son schéma de pensée. L’alternance du récit et des extraits de son journal est très intéressante car elle donne à voir les ressentis profonds du personnage en même temps que les émotions qui vont l’assaillir et se mélanger : l’amour pour son fils, le dégoût devant l’étendue de sa monstruosité ainsi que la culpabilité devant ce qu’elle juge comme sa responsabilité personnelle. David Lelait-Helo dépasse le cadre du roman tiré d’un énième fait divers tant il parvient à captiver le lecteur par la qualité de son écriture et le travail sur les personnages et leurs émotions. Tout sonne juste, porteur d’une certaine dignité, sans pathos, malgré le fonds de l’histoire qui demeure particulièrement tragique et difficile.
Je ne peux que vous inciter à le découvrir vite !
« Je suis la maman du bourreau », David David Lelait-Helo, Héloïse d’Ormesson, 201 pages.

[…] en parlent également : Aude, Joëlle, Hedwige, Audrey, Christl, Domi, Audrey, Julien, Jean-Paul, Kitty, […]
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